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Médecine et société
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Ioannidis: Pourquoi la plupart des résultats de recherche publiés sont faux ?


Ioannidis: Pourquoi la plupart des résultats de recherche publiés sont faux ?

par Ghislain Martel* 

Ioannidis: Pourquoi la plupart des résultats de recherche publiés sont faux ?(Article tiré et copié d'une publication de Vincent Verschoore sur Facebook - voir lien en bas de page)



«En 2005, un jeune chercheur de Stanford publie dans PLoS Medicine un article au titre provocateur: "Why Most Published Research Findings Are False".



John Ioannidis y démontre mathématiquement que, dans un champ où l'on teste des milliers d'hypothèses avec de petits échantillons, de forts conflits d'intérêts et une obsession pour la significativité statistique, la probabilité qu'un résultat "positif" soit réellement vrai peut être inférieure à 50%.



L'article devient l'un des plus cités de l'histoire de la médecine.



Vingt ans plus tard, interrogé par l'Institute of Art and Ideas, Ioannidis ne revient pas sur son diagnostic. Il l'aggrave. Les États-Unis dépensent près de 20% de leur produit intérieur brut en santé. La planète publie trois millions d'articles biomédicaux par an. Jamais nous n'avons eu autant de chercheurs, de revues, de données, de technologies. Et pourtant, l'espérance de vie américaine n'augmente plus. Elle stagne, elle recule même certaines années. Ailleurs aussi, les courbes s'aplatissent.



Comment une telle débauche de moyens peut-elle produire si peu de santé ?



La réponse de Ioannidis tient en deux chiffres qu'il cite dans l'entretien. Le premier: 5,8% des articles biomédicaux publiés en 2023 seraient entièrement faux, fabriqués. Et la proportion grimpe. Le second: sur 1'567 interventions médicales passées en revue dans une autre étude, seules 5,6% disposaient de preuves de haute qualité soutenant leurs bénéfices. Pour les 94,4% restantes, nous prescrivons, nous opérons, nous recommandons sur du sable.



Il prend soin de distinguer. Il ne parle pas de la science fondamentale, celle qui cherche sans savoir ce qu'elle va trouver ni à quoi cela servira demain. Celle-là, dit-il, nous en avons besoin de plus, pas de moins. Il parle de la recherche clinique appliquée, celle qui prétend nous dire quoi faire devant un malade. C'est là que la machine se grippe.



D'abord, les conflits d'intérêts. La médecine fondée sur les preuves, écrit-il, est depuis longtemps devenue une médecine fondée sur la finance. Elle est en train de devenir une médecine fondée sur la corruption. Quand une industrie finance ses propres essais, quand une carrière dépend du nombre d'articles positifs, la tentation n'est pas de mentir, elle est de cadrer la question pour obtenir la réponse souhaitée.



Ensuite, les méthodes. Utilisation pauvre et rituelle des statistiques, quête du p < 0,05 comme d'un totem, pratiques de recherche discutables qui transforment un bruit en signal.



Puis les biais non contrôlés, les mauvais designs d'études, les groupes témoins mal choisis.



Enfin, la fragmentation. Au lieu de quelques grandes études bien faites, nous produisons une myriade de petites études qui n'ont aucune puissance pour conclure. Prises isolément, elles ne signifient rien. Mises ensemble, elles créent un brouillard où tout et son contraire peuvent être prouvés.



Et sur ce terrain déjà fragile arrive l'intelligence artificielle. La fraude a toujours existé, rappelle Ioannidis. Mais ce qui change, c'est l'échelle industrielle. Avec les grands modèles de langage, on peut désormais générer en une nuit des millions d'articles faux, frauduleux et factices, avec introduction, méthodes, résultats et fausses figures crédibles. Une étude récente dans PNAS montre que la fraude scientifique croît aujourd'hui beaucoup plus vite que la science elle-même.


"Nous devons nous battre contre la médecine. Elle devient vraiment dangereuse."

-John Ionnadis


Nous ne sommes plus dans l'artisanat du chercheur qui invente des données dans son laboratoire. Nous sommes dans l'ère des usines à articles, des papers qui inondent les revues prédatrices et même les revues respectables.



Alors que faire ? Ioannidis ne prône pas le nihilisme. Il dit: "Nous devons nous battre contre la médecine. Elle devient vraiment dangereuse". Non pas contre l'idée de soigner, mais contre une médecine qui s'est égarée dans la production de preuves inutiles.



Sa prescription est presque morale. Publier moins, mais mieux. Financer moins de projets, mais plus grands, preregistrés, avec données et code partagés. Changer les incitations qui récompensent le volume au détriment de la vérité. Et surtout, réinvestir dans cette science fondamentale sans livrable immédiat, la seule capable de produire les percées que la médecine appliquée prétend ensuite exploiter.

Vingt ans après son premier article, Ioannidis nous dit en substance ceci: nous avions diagnostiqué que la plupart des résultats publiés étaient faux. Nous n'avons pas traité la maladie. Nous avons laissé le patient se dégrader, et nous lui avons maintenant donné une machine à produire du faux à une vitesse infinie.



Un ami médecin urgentiste à la retraite me disait récemment que ce qui l'inquiète le plus chez les nouveaux médecins est leur incompétence clinique. Ils ne savent pas toucher, regarder, écouter, questionner. Tout passe par des examens techniques gérés par des spécialistes, d'où découle un diagnostic qui a de bonnes chances de rater la cause véritable du problème.



C'est financièrement très rentable, d'autant qu'au moins la moitié de ces examens sont inutiles, et ça encombre le système au point qu'il faut désormais des semaines, des mois pour obtenir un rendez-vous. Un système qui en même temps s'attaque à tout ce qui peut lui faire concurrence, l'illustration de ce que Ivan Illich décrivait dans "Némésis médicale: l'expropriation de la santé" en 1975. Il y critique la «médicalisation de la société», qui transforme peu à peu les citoyens autonomes en «patients» dépendants d'une caste technocratique.



À quoi s'ajoutent les intérêts financiers et la corruption d'un domaine supposé scientifique où les cadres ont bien compris qu'un patient en bonne santé n'est absolument pas rentable.»

- Vincent Verschoore

 

 

 

 

Références:

https://www.facebook.com/vincent.verschoore

- Ghislain Martel  (+)




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